Federico Fellini www.federico-fellini.net


par Sylvie Sibra

     
1950 - 1993: Pour une poïétique expressive cinématographique
et mythique fellinienne: le cinéma selon Fellini


       Il travaille sur deux autres films de Rossellini, Francesco, giullare di Dio (les Onze fioretti de Saint François d’Assise) de 1950 et Europa 51 (Europe 51)3 de 1951. Les épigones de Rosselini et du néoréalisme accusent Federico Fellini d’avoir trahi les dogmes du mouvement. Federico Fellini considère qu’il n’a jamais été influencé par le néoréalisme de Rossellini. Par contre, il lui a donné le goût d’un cinéma bien fait et humain. Rossellini va continuer un travail humaniste pur alors que son compagnon va s’épanouir dans un cinéma fantaisiste, spectaculaire tiré des souvenirs et des fantasmes mais toujours empreint d’un regard humaniste plus personnel. Si Rossellini revient de l’expression documentaire, Fellini lui se dirige vers une expression spectaculaire et onirique. L’un prime une vérité crue qu’il démontre, l’autre le doute d’une vérité qu’il montre. Federico Fellini déclare au sujet de Roberto Rossellini qu’il “a été comme une sorte de métropolitain qui m’a aidé à traverser la rue. Je ne crois pas qu’il m’ait influencé, au sens que l’on donne d’habitude à ce mot. Je lui reconnais, à mon égard, une paternité comme celle d’Adam: une sorte de lointain aïeul duquel nous sommes tous descendus”5.
       
       A partir des années cinquante, Federico Fellini installe ses bureaux à Rome via della Croce, via Sistina, corso d’Italia. Il va habiter Fregene qui lui inspire Giulietta degli spiriti. Plus tard il s’installe au 110 via Margutta, la rue des artistes à Rome. C’est en 1950 que Federico Fellini fait ses débuts en co-réalisant avec Alberto Lattuada I Luci del varietà. En 1952, il réalise en solo Lo seicco bianco sur un sujet conçu par Michelangelo Antonioni. Il travaille aussi pour la première fois avec le compositeur Nino Rota qui devient son musicien attitré jusqu’à sa mort en 1979. Tullio Pinelli et Ennio Flaiano complètent l’équipe fellinienne en tant que scénaristes jusqu’au milieu des années soixante. D’autres collaborateurs comme Tonino Guerra, Danilo Donati ou Zapponi ont été très proches. Au point de vue musical, il a travaillé durant sa carrière avec différents compositeurs comme Nino Rota, Felice Lattuada, Luis Bacalov, Gianfranco Plenizio et Nicola piovani. (NB: Ils sont indiqués chronologiquement dans le texte par un souligné). Federico Fellini a réalisé 24 films, de 1950 à 1990, qui se répartissent comme il suit:
       
        -> 7 films de plus en plus teintés d’un réalisme onirique qui parlent de l’art, de la religion et empreints de provincialisme mettant en scène la vie italienne de son temps.
       
                - (3)Luci del varietà 1950 qui parle du spectacle de revue (M: Lattuada), Lo seicco bianco 1952 - du roman photo, I vitelloni 1953 - du vagabondage: films de la province, autobiographiques, qui parlent du monde du spectacle. Le Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise pour I Vitelloni lui ouvre les portes du marché étranger et soutient sa réputation.

                - (3)Luci del varietà 1950 qui parle du spectacle de revue (M: Lattuada), Lo seicco bianco 1952 - du roman photo, I vitelloni 1953 - du vagabondage: films de la province, autobiographiques, qui parlent du monde du spectacle. Le Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise pour I Vitelloni lui ouvre les portes du marché étranger et soutient sa réputation.

                -(4) Un agenzia matrimoniale (1953), La strada 1954, Il Bidone 1955, Le Notte di Cabiria 1956: ces 4 films s’éloignent d’un réalisme pur par leur coté fantaisiste. Par contre, ce sont des films empreints de religion, de chrétienneté surtout par l’idée de Rédemption. Avec le succés de La strada, le réalisateur connaîtra le triomphe avec un public désormais international, confirmé par la récompense de l’Oscar de la meilleure production étrangère à Hollywood. C’est aussi à cette même période que Fellini fait la connaissance de Pier Paolo Pasolini. Fellini et Rizzoli ont fondé la Federiz, “z” pour Rizzoli et “Federi” pour Federico. La Federiz avait pour objectif d’aider les jeunes metteurs en scène. Associé aussi avec Fracassi, tous les trois acceptèrent que Pasolini fasse des essais envisageant de devenir cinéaste. Influencé par ces deux compagnons, Fellini lui fit part des réticences du groupe. Cet incident compromit leurs rapports.

        -> 3 films transitoires qui évoquent plus directement l’expérience vécu du réalisateur et de l’art, qui sont: La Dolce Vità-le journalisme 1959, Le tentazioni del dottore Antonio-la caricature 1962, Otto e mezzo-la recherche de l’inspiration créatrice d’un cinéaste dans le plein de sa propre poïétique 1963. Trois films charnières qui abordent un tournant important dans l’écriture cinématographique du réalisateur. La Dolce vita, fable mi-satirique mi amère sur la création artistique et sur la société moderne, souligne deux rencontres chères à Fellini. Celle avec son comédien fétiche et ami, Marcello Mastroianni, et celle avec Georges Simenon, président du jury lors du festival de Cannes de 1960 qui lui remet la Palme d’or. Si Le tentazioni del dottore Antonio est en partie une riposte à la censure émise à l’encontre du film la Dolce vita, il est aussi son premier film en couleur. Par contre, Otto e mezzo est réellement le film qui marque incontestablement un tournant dans l’expression cinématographique du réalisateur en basculant complètement dans le rêve et le fantasme qui vallent à Fellini son deuxième Oscar.

        -> 12 films oniriques qui évoquent tous l’art plus ou moins directement: Giulietta degli spiriti - le spiritisme 1965, Toby Dammit - la folie adaptation de Edgar Poe 1968, Blok-notes di un regista - la quête intérieur, la psychanalyse jungienne, l’occultisme, la parapsychologie 1968, Satyricon - Fresque historique adaptation libre de Petrone 1969, I Clowns - le cirque 1970, Roma - mémoires, autobiographie 1972, Amarccord - idem 1973, Il Casanova di Federico Fellini - l’art de la séduction et des prouesses amoureuses 1976, Prova d’orchestra - la musique, hommage à Nino Rota 1979 (M: Rota), La città delle donne - la femme 1980 (M: Bacalov), E la nave va - l’Art 1983 (M: Plenizio), Ginger e Fred - Riposte à Berlusconi, à la télévision italienne 1985, Intervista - mémoires, autobiographie sur sa troisième ville, Cinecittà 1987, La Voce della Luna - la poésie 1990 (M: Piovani). La première collaboration avec Giuseppe Rotunno s’est faite avec le film Satyricon. Il restera son chef opérateur jusqu’en 1983 avec E la Nave va...
       
        A partir des années 80, Federico Fellini bat contre la crise du cinéma italien. Il lui devient difficile de monter ses projets. E la Nave va ... met deux ans à se réaliser. Il dénonce la berlusconisation de Italie et les méfaits de la télévision. Il fermera les portes de Cinecittà en 1990 après la réalisation du film La Vocce delle luna. Par la suite, il tourne quelques films publicitaires. Il est à nouveau honoré d’un dernier Oscar pour l’ensemble de son oeuvre. En 1993, Federico Fellini est hospitalisé suite à un infractus. A l’automne, une nouvelle attaque le plonge dans le coma qui lui est fatale. Federico Fellini meurt le 31 octobre 1993 à Rome. Son cercueil est exposé sous une grande toile bleu rappelant le décor d’Intervista durant une journée entière au Studio 5 de Cinecittà. Ses funérailles sont un deuil national et international. Tous les plateaux de tournages ont gardé une minute de silence en son honneur. Cinq mois plus tard, le 23 mars 1994, Giulietta Masina décède dans de grandes souffrances.


        Federico Fellini est l’homme qui a aimé le vrai cinéma, son cinéma et celui des autres, outre Rossellini, Lattuada, les réalisateurs tels que Kubrick, Orson Welles, Huston, Losey, Truffaut, Visconti, Hitchcock, Rosi, Lean, Coppola, Scorsese et surtout Antonioni, ont été pour lui de grands metteurs en scène. Mais trois autres cinéastes lui sont très chers, Igmar Bergman, Luis Bunuel et Akira Kurosawa. Au sujet du réalisateur Vittorio De Sica, leurs rapports avaient été très tendus suite à une déclaration de Fellini menée par une enquête sur le néoréalisme dans le journal le Messagero. Mais en 1972, les deux hommes se réconcilièrent grâce au film Roma. Federico Fellini a été un réalisateur très sollicité par de nombreux pays et notamment par les Etats Unis. Il signe un contrat avec les Etats Unis pour une hospitalité de douze semaines après quoi: soit il était prêt à tourner un film, soit il retournait en Italie. Après un mois, Federico Fellini succombe à la nostalgie. Il retourne dans son pays. Il s’est aussi rendu en Russie où il fait la connaissance de Sergueï Evtouchenko pour l’attribution du prix du Festival de Moscou pour Otto e mezzo. En octobre 1990, Il se rend à Tokyo pour recevoir le Praemium Imperiale, Nobel d’Extrême-Orient. Il saisit l’occasion pour rendre hommage au cinéma de Kurosawa. Au cours de l’été 1992 et pour la dernière fois, il se rend toujours accompagné de sa femme, en Suisse, pour une visite amicale à l’artiste peintre Balthazar Klossowski, comte de Rola, plus connu sous le nom de Baltus lequel voulait sculpter son portrait. Federico Fellini a connu de nombreux peintres tel que Pablo Picasso, Juan Miro, Rinaldo Geleng, Alberto Giacometti. Les peintres italiens auxquels il est resté fidèle sont Scipione, Mafai, Rosai, Campigli, Carrà, Sironi, De Chirico. En mars 1993, il se rend pour une dernière fois à Los Angeles pour recevoir de la part de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences un Oscar, cette “petite statue mythique” d’Hollywood, comme il l’appelait, pour l’ensemble de son oeuvre.


Sylvie Sibra, UTM


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1. Riccardi Freda Maciste all’inferno Italie 1962 90’ avec Kirk Morris, Hélène Chanel, Vira Silenti: Maciste débarque en Ecosse postmédiévale en plein hiver pour trouver dans les Highlands l’enfer dans lequel il devra subir de lourdes et prodigieuses épreuves.

2. Balilla: Les Balilla sont des jeunes garçons de 8 à 14 ans qui appartenaient aux organisations de jeunesses fascistes.

3. Roberto Rossellini Roma, Città aperta Italie, 1945, NB, 100’ avec Anna Magnani, Aldo Fabrizi, Harry Feist: Témoignage fidèle et exceptionnel de ce que les romains ont vécu sous l’occupation allemande.

- Paisà , Italie, 1946, NB, 126’ avec Carmelia Sazia, Dots M.Johnson, Maria Michi: Six sketchs vont se succéder, refletant de manières différentes l’arrivée des américains en Italie a partir de 1943.

- Amore , Italie, 1948, NB et couleurs, 69’ avec Anna Magnani, Federico Fellini. Deux parties, la première, La Vocce umana et la deuxième, Il Miracolo dell’amore: Le premier moyen métrage est une réalisation fidèle à l’oeuvre de Jean Cocteau qui se passe à huit clos et interprétée par une seule personne, Anna Magnani. Son amant ne va pas la rejoindre. Le deuxième moyen métrage est une chronique villageoise sur une jeune paysanne un peu faible d’esprit qui va enfanter son enfant seule parmi les sarcasmes du village à son encontre.

- Francesco, giullare di Dio, Italie, 1950, NB, 85’ avec Frère Nazario Gerardi, Aldo Fabrizi: Sujet hagiographique qui relate des onze épreuves.

- Europa 51, Italie, 1951, NB, 105’ avec Ingrid Bergman, Alexander Knox, Ettore Giannini, Giulietta Masina: Dans un milieu de la haute société, une mère perd son fils qui s’est suicidé. Semblable à une insurgée, elle se jette dans la lutte des classes et d’humanisme teinté de morale chrétienne.

4. Costantini Costanzo, Conversation avec Federico Fellini, Denoël, Paris, 1995, p 37.

5
. Federico Fellini Faire un film, Seuil, Paris, 1996, p. 97.



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