 |

par Sylvie Sibra |
|
1939-
1949:
A la recherche d’une expression, d’une extériorisation
artistique
|
Durant une période confuse, il va voyager à travers l’Italie avec une troupe de comédiens itinérants pour laquelle il écrit parfois des sketches. Au début de l’année 1939, il quitte sa province pour Rome. Il est hébergé par Aldo Fabrizi (l’interprète de Rome ville ouverte) via Germanico, prés de la Basilique Saint Pierre. Plus tard, Federico Fellini va habiter à coté de la via Sannio. Son père va lui trouver une chambre meublée. Il déménage via Albalonga. Par la suite, il loue un studio au 26, via Nicotera, aux Prati.
Au cours de cette période de guerre, il va dessiner et écrire pour l’hebdomadaire humoristique le Piccolo ensuite au Marc Aurelio du nom de l’Empereur-philosophe qui reflète un certain stoïcisme en une période tourmentée. Il fait la connaissance du dessinateur Barbara, des textes de Giovanni Mosca, de Vittorio Metz, de Marcello Marchesi, de Ruggero Maccari, d’Enrico De Seta, de Torrés et de Baroni. Ce dernier dirigeait la rédaction du Piccolo. Grâce à Stefano Vanzina, le futur metteur en scène Steno qui était le secrétaire de la rédaction du journal, Federico Fellini commence à collaborer régulièrement au journal en écrivant des gags, des sujets, des scénarios pour les acteurs Macario et Aldo Fabrizi, à écrire pour la RAI. C’est ainsi qu’il va affirmer une esthétique, un style propre. Il travaille aussi comme dessinateur et traducteur de bandes dessinées, et il écrit des pièces radiophoniques. Grâce au Marc Aurelio en relation étroite avec Cinecittà, Fellini s’introduit dans le milieu du cinéma. En 1939, 1940, en tant que gagman, il travaille sur les films Il Pirato sono io, Non me lo diro, Lo vedi come sei de Mario Mattoli qui dirige le comique Macario. Entre 1941 et 1943, Fellini signe dans une petite rubrique de l’hebdomadaire, les lettres d’une fille qui écrivait à son fiancé au front. A ce sujet, le ministre Pavolini est intervenu. Il reprochait à cette jeune fille ses pleurnicheries qui devaient démoraliser le soldat dit héroïque en première ligne. Pour la première fois, Fellini se heurte à la stupidité et à l’absurdité de la censure. Leo Longanesi, animateur de l’Omnibus dirigé par Monicelli, s’attardait souvent à la rédaction du Marc Aurélio. C’est ainsi que Fellini a fait la connaissance de Pannunzio, Benedetti, Landolfi et Flaino qui va devenir un de ses scénaristes. En 1942, il intervient en tant que scénariste dans la comédie Avant c’è posto de Mario Bonnard. Il échappe à la mobilisation pendant la guerre. Durant l’automne 1942, en travaillant pour le siège de la radio italienne, il rencontre Giulietta Masina qu’il épouse le 30 octobre 1943 à Rome. Lors de l’occupation allemande, de septembre 1943 à juin 1944, les temps se font très durs. Il collabore à deux autres films de Aldo Fabrizi, Campo dei fiori mis en scène par Mario Bonnard et L’Ultima Carrozzella mis en scène par Mario Mattoni. Durant l’été 1944, Fellini a un fils qui ne vivra que quelques semaines. Il est employé par l’Alleanza cinematografica italiana (ACI), maison de production de Vittorio Mussolini, un des fils du dictateur, pour lequel, il a tourné en Lybie, durant l’hiver 1942-1943, une partie du film Gli ultimi tuareg dont il a écrit le scénario. Le film a été suspendu par la grande nouvelle du débarquement allié. Rome est libérée le 4 juin 1944. La chute du fascisme interrompt pour un temps son travail cinématographique. A l’arrivée des américains, il ouvre avec d’autres compagnons du Marc Aurélio, dont Enrico De Seta, un négoce, une sorte d’échoppe, le Funny Face Shop, où il dessine des caricatures et des portraits de soldats alliés. Ils peignaient des décors de la Rome Antique et ils plaçaient leurs modèles caricaturés à la place de personnages historiques prodigieux tels que les empereurs, Néron, Tibére, Caligula, etc. Le directeur était Federico Fellini et le commanditaire-administrateur Forges Davanzati. Forges Davanzati, futur producteur de cinéma, fils du directeur de La Tribuna (un quotidien romain), lui prête l’argent nécessaire pour louer le local avec Enrico De Seta. Il rencontre Roberto Rossellini à la boutique qui lui propose de composer avec Sergio Amidei un scénario de court métrage sur la vie de Don Morosini, le curé de Santa Melania fusillé par les S.S., embryon de Rome ville ouverte. Il croise à nouveau Rosselini à la Aci Films. Ils se revoient dans les studios Scalera, lorsque Fellini interviewe Greta Honda pour Cinemagazzino. Il va poursuivre son travail de scénariste sous la direction de Vittorio Mussolini. Il travaille souvent avec Tullio Pinelli qui deviendra plus tard son scénariste pour des réalisateurs moins importants comme Righelli ou Franciolini. Roberto Rossellini va l’engager comme assistant et scénariste pour son film qui va révolutionner le cinéma italien et introduire le néoréalisme, Roma, Città aperta (Rome, ville ouverte)3 de 1945. Mais son entrée dans la profession se réalise par un scénario collectif avec Piero Tellini pour Document Z3 dirigé par Guarini. Toujours avec Piero Tellini et Cesare Zavattini, il écrit Avanti c’é posto et d’autres films comme Il delitto di Giovanni Episcopo, Senza Pietà, Il mulino del Po de Lattuada, Le passeur de Coletti, Il nome della legge, Il Camino de la speranza, Il Brigante di Tacca et La Città si difende de Germi, et Les volets fermés de Puccini produit par Luigi Rovere qui lui fait réaliser plus tard Lo Seicco bianco. Il participe aussi à l’écriture d’autres réalisations pour Rosselini comme Paisà de 1946, Amore de 1948, film en deux parties. Rossellini ayant fait la connaissance de Jean Cocteau, réalise une première partie avec Anna Magnani, La Vocce umana (La voix humaine) et un deuxième sketch, Il Miracolo dell’amore ( Le Miracle de l’amour) dans lequel Federico Fellini interprète un Saint Joseph séducteur3. Mais c’est en observant Rossellini au travail pendant le tournage de Paisa que Fellini se décide à devenir réalisateur. Tout en restant un ami fidèle à Roberto Rossellini, Federico Fellini collabore avec d’autres réalisateurs.
Federico Fellini retourne à Rimini en 1946. L’une des villes les plus bombardée d’Italie, une “mer de maisons” en ruines comme il disait. “Un cratère lunaire”4. En 1955, il revient à Rimini pour la mort de son père qui avait été pour lui un véritable ami. Sa mère disparaît en 1984. Ils étaient pour lui des parents irréprochables.
|
|